La guerre ! C‘est une chose trop grave pour la confier à des militaires.
- Georges Clémenceau
Je n’aime pas la manière dont tourne le débat sur l’intervention en Afghanistan ces jours derniers…
La position du NPD est claire : « C’est une guerre d’agression, on n’a pas d’affaire là. » Ok.
Celle du Bloc aussi : « Février 2009. On a des obligations envers nos alliés, on les a respectées, on ne veut pas partir en sauvage, mais justement, soyons clair : au-delà de 2009, nous autres, on ne fournit plus. » C’est bon, on comprend.
À la limite, les Conservateurs sont clairs, eux autres avec : « Il y a une job à faire là-bas, on va partir quand elle sera finie. Faut s’assurer que notre réputation en tant que pays qui s’implique soit sauve. Faut être là, au moins, jusqu’en 2011. » Fine.
C’est avec les libéraux que ça se complique… « Fin de la mission de combat en 2009 ! Oui, nous avons engagé le Canada là-bas, mais l’échéance était claire. » Jusque-là, ça va. « Mais quand même… on ne fera pas de la politique sur le dos des soldats. Aller en élection là-dessus, quand même…» Ok… « Alors, on peut négocier avec le gouvernement, mettons, si on nous garantie que nos militaires restent là-bas pour former les policiers afghans… tout en assurant leur sécurité. Dans ces conditions, ça peut aller jusqu’au début 2011. » Ça tient encore.
Mais maintenant, comme diraient nos amis français, ça part en couille. Stéphane Dion rencontre Stephen Harper, lui présente ses conditions. Ce dernier réagit à cette rencontre en disant que les conditions libérales sont très intéressantes (rappelons que sa position initiale s’appuie sur les recommandations d’un comité d’« experts », dirigés par John Manley, qui sont supposés avoir étudié la chose de fond en comble, du point de vue diplomatique et stratégique). Tout le monde est surpris.
Mais là, ce finfinaud d’Harper amène sa nouvelle proposition qui, tout en reprenant l’essentiel des demandes libérales, énonce que, au fond, ce serait bien plus simple de laisser les fameuses « règles d’engagement » (les conditions qui permettent d’ouvrir le feu sur un opposant) au soin des militaires sur le terrain et que nos gars seront là jusqu’à la fin de 2011.
Et là, Dion réplique que c’est là un bon compromis et que, tout compte fait, le Parlement fonctionne et que (yé!) on n’aura pas fait de politique sur le dos de nos troupes. Bof… qu’on continue de s’engager dans des combats… qu’on reste six mois de plus ou mois… rendu à 2011… on a déjà accepté un prolongement de deux ans ! Rendu là…
Heee… Je veux pas avoir l’air de cracher dans la soupe, mais…
- Faire de la politique sur le dos des militaires ? Certain ! Le militaire, c’est une arme du politique. Le recours à la force armée, c’est une question éminemment politique ! Est-ce que c’est une question dont on peut discuter en temps d’élections ? Certainement ! Sinon, on est où là-dedans, nous autres, les non-élus ?
- De toute façon, n’est-ce pas ça qu’on est en train de faire, manifestement, de la politique, sur le dos des soldats ? « Ouais… faire tomber le gouvernement là-dessus… » « Ouais… aller en élection là-dessus… » Heille ! C’est pas de la politique ça ? F… y.. ! Je ne suis pas un fan des idéologies, mais je préfère encore ça à la partisanerie…
Pis là-dessus, elle en est rendue où, la maudite mission ? (Je ne vous ferai pas de cachettes : moi, je suis personnellement en faveur de la mission en Afghanistan, ce qui n’est pas le cas des membres de l’équipe que j’appuie au CNJ, au demeurant.) Mais est-ce que l’on discute de :
- Les attentes à faire connaître à nos alliés, en terme de relève, et de leur capacité à nous remplacer ? Est-ce qu’on est dans le diplomatique, ici là ? Non ! On parle de « comment faire passer un vote au Parlement ». That’s it ! D’ailleurs, je me demande comment les Français, à qui on demande des renforts, trouvent ça de voir aller nos deux Stéphane nationaux de ce temps-là…
- Notre capacité à atteindre nos objectifs en Afghanistan ? Former les policiers, ok, mais quel est le degré d’engagement militaire nécessaire ? Quelles sont les ressources qui manquent ? C’est quoi les leviers, humanitaires, sociaux, économiques, que l’on peut activer pour y arriver ? Non ! On parle d’éviter que les élections portent sur la mission afghane…
Nous avons de quoi être en colère. L’intervention en Afghanistan, on peut être pour, on peut être contre mais, tout le monde s’entend : c’est du sérieux ! Y a du monde d’ici qui va mourir là-bas !
Est-ce qu’on a affaire là ? Est-ce qu’on peut gagner là-bas ? Je vous laisse répondre à ces questions. Mais l’ennui, c’est que le couple Dion-Harper n’en est pas à discuter d’une façon de sortir de là, ni même d’une façon de faire plus et mieux là-bas.
Non, il discute de « comment éviter d’en faire un enjeu politique ». Ils sont unis dans leur volonté de ne pas faire d’une question de politique étrangère un enjeu de politique intérieure.
Et ça, je ne le sais pas pour vous autres, mais moi, ça me met singulièrement en crisse.
Qu’on soit pour, qu’on soit contre, mais qu’on en débatte, bon sang !
Et, juste pour ça, je pense qu’on devrait être indépendant : pas pour être plus pacifiste, pas pour être plus militariste; juste pour être capable de tenir les débats de façon plus intelligente et responsable. De façon plus normale en fait.
C’est là où je voulais en venir, en somme…
Publié dans Voilà ! | Tags : Afghanistan, Harper, Dion, Bloc, NPD, Libéral, Conservateur, mission