Publié par : V | Mercredi, 5 mars 2008

CNJPQ vs CJ-PLQ : L’influence

Comme je le discutais hier, il semble bien que la CJ arrive mieux à assurer le renouvellement de l’élite fédéraliste que le CNJ n’arrive à le faire pour l’élite souverainiste. Il ne s’agit pas ici de savoir laquelle des deux instances arrive le mieux à procurer des carrières lucratives à ses militants, mais bien à se demander si ceux-ci arrivent à s’inscrire durablement dans la construction du mouvement.

Pourtant, d’autres critères comptent quand vient le temps d’évaluer une aile jeunesse. Aujourd’hui, nous discuterons de son influence au sein de son parti soit, en somme, sa capacité à porter les préoccupations de sa clientèle (générationnelle, par définition) dans les politiques de sa formation.

Donc, round #2 : L’influence

« Ding-ding-ding ! »

La culture de la CJ est connue comme étant beaucoup moins confrontante envers son parti. Ça n’a pas toujours été le cas. Elle s’est fait remarquer par son opposition au dégel des frais par Claude Ryan au tournant des années 90. Elle a aussi mené une lutte héroïque lors de la chute de l’accord du Lac Meech, ce qui a donné lieu à la création de l’ADQ.

Malheureusement, on dirait que depuis le départ de ses élites d’alors, elle traverse une crise structurelle importante dans son leadership. Ses présidents peinent à s’imposer comme des porte-parole politiques d’importance, ce qu’on peut peut-être attribuer à la limitation de son membership à l’âge de 25 ans. Les présidents du CNJPQ, habituellement plus âgés, plus matures, plus expérimentés, sont mieux outillés pour faire face à la musique, on dirait.

On ne peut comparer l’importance d’une aile jeunesse d’un parti au pouvoir avec celle d’un parti dans l’opposition. Son influence diminue avec celle de son parti, ça coule de source. Imaginez quand celui-ci tombe troisième à l’Assemblée nationale… Pourtant, c’est justement quand elle est dans l’opposition qu’une formation politique se renouvelle et devient plus audacieuse. Il doit donc en être de même pour son comité jeune.

La CJ jouit d’un statut privilégié au PLQ. Il faut lire le Tricheur de Jean-François Lisée pour voir comment Bourassa ne manquait jamais de consulter son président d’aile jeunesse sur un paquet de questions. Est-ce que ça veut dire qu’il l’écoutait ? Non. Mais à tout le moins, il jugeait utile de l’entendre. J’ose croire que ça doit ressembler à ça avec Charest aussi.

C’est le dilemme de tous mouvements politiques : s’inscrire dans le militantisme et la revendication, ce qui veut dire rester distant, mais authentique et moins limité dans ses moyens ou encore s’institutionnaliser et ainsi, faire des compromis, mais participer au pouvoir. Ça vient aussi avec ce dont je discutais hier; la CJ ayant formé des cadres qui se trouvent partout dans le parti, elle y trouve de nombreux appuis. Ceux-ci, reconnaissant que le PLQ est bien servi sur le plan publicitaire par une aile jeunesse dynamique (apparemment, à tout le moins…), ils savent bien que, pour être crédible, elle a besoin, une fois tous les temps en temps, de sortir contre la parti. Ça fait en sorte qu’elle bénéficie d’un certain soutien, d’une certaine liberté, mais à condition de pas trop faire chier disons…

C’est bien beau tout ça, mais ils sont où les résultats ? Parce que c’est ce qui compte en bout de course. Au CNJPQ, c’est quand même pas mal. La création des Carrefours jeunesse-emploi et la tenue des États généraux sur l’éducation, qui ont débouchés sur la réforme sont deux idées issues de l’aile jeunesse et préparées lorsque le PQ était dans l’opposition. Le maintien du gel des frais de scolarité, le respect des engagements du Sommet de la jeunesse, l’abandon du développement de mini-centrales : voilà autant de dossiers où le CNJ a fait une bonne job de vigile lorsque le PQ était au pouvoir.

Et la CJ de son côté ? Ha ! Elle a parlé de dégel avant même que son parti n’ose le faire. Elle propose aussi d’abolir la formule Rand… Dans la catégorie « surveillance du gouvernement », il faut aussi malheureusement constater qu’elle n’a pas osé utiliser son fameux 33 et 1/3 % pour faire reculer le gouvernement sur les 103 millions et ainsi, nous éviter six semaines de grève.

En conclusion, donc, la CJ a sa place dans le PLQ, elle y est pesante. Elle a déjà compté. Mais, elle n’a pas réussi à influencer sensiblement son gouvernement depuis son retour en 2003 et c’est peu dire. Est-ce par manque d’audace ou par trop grande proximité idéologique avec son parti ? Difficile à dire, mais force est de constater que les résultats ne sont pas probants. En même temps, peut-être un jeune libéral vous dirait-il que la CJ est tellement influente qu’elle a pas besoin de sortir contre le gouvernement pour infléchir ses politiques. Mais, en même temps, l’avantage de débattre sur la place publique, c’est entre autre de gagner en transparence.

Le CNJPQ, plus turbulant, plus difficile à contrôler, réussit mieux, je le pense. Voilà ce qu’on gagne à garder, par rapport à la direction, une saine indépendance. D’où l’idée qu’il vaut mieux ne pas être trop pressé de devenir député ou de travailler en politique quand on milite dans une aile jeunesse.

Direction : Indépendance. Commencez vous à la pogner ?

Mais donc, c’est 1 à 1 entre la CJ et le CNJ.


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